Allied airfields Corsica 1944

Lundi 31 juillet 1944
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Il est 7 heures, sur le terrain d'Alto (Corse) les pilotes français se préparent. Les 24 Thunderbolt, imposante armada, sont alignés en bout de piste.

Terrain d'Alto Folleli (Corse - 1944)La veille, le Groupe a reçu l'ordre de monter les réservoirs d'ailes sur les avions, et le personnel a essayé de deviner qu'elle serait la prochaine mission.

Au petit matin, 12 pilotes du GC 2/3 et 12 pilotes du GC 2/5 étaient rassemblés dans la salle d'opérations de l'Escadre. Le Commandant DE RIVALS-MAZERES a donné les ordres: attaque à la mitrailleuse de tout ce qui est allemand dans le Dauphiné, première patrouille: vallée de ....... deuxième patrouille vallée de .....

Tracé de la missionMISSION : Attaque à la mitrailleuse de tout ce qui est Allemand dans le Dauphiné. Première patrouille vallée de ..... Deuxième patrouille vallée de .....
Au retour, mitraillage des terrains d'Orange et d'Aix les Milles occupés par les Allemands.

07h55 - Les hélices tournent.
08h00 - Le signal est donné par la tour. Un à un chaque P47 enlève en bout de piste ses 7 tonnes. Rassemblement au-dessus de la piste. Le dispositif se forme, chacun à sa place bien déterminé pour voir le ciel et protéger ses voisins, puis prend le cap 315 vers la mer.

Bientôt, plus rien en vue que l'immensité de la Méditerranée à traverser, altitude 5500 mètres, les côtes Italiennes apparaissent en fond de tableau, leurs sommets couronnés d’énormes cumulus blancs.
Voici la France, nous survolons Cannes, l
es côtes sont hospitalières aujourd’hui. D’habitude les patrouilles y sont accueillies chaleureusement par les 88 allemands qui tirent bien, même lorsque les nuages empêchent les servants de voir. Nous avons nos petites chances au retour.

Le cap est pris sur le Dauphiné et la descente commencée vers le versant français des Alpes qui se déroule sous nous après quelques minutes.

Prise de cap 290 jusqu'au objectifs respectifs, le Mont Blanc et le Pelvoux sont des repères précieux pour le chef qui vient trouver son objectif au milieu d’un enchevêtrement de rochers, de torrents et de routes en lacets.

L’Objectif arrive, il est là, les groupes de 4 avions se séparent, chacun va accomplir sa besogne. Huit pilotes dans chaque vallée l’oeil rivé au sol, le doigt sur la détente, 4 pilotes au dessus scrutant le ciel, prêts à foncer sur tout chasseur dangereux.

Quelle joie amène, après quatre ans d’exil et de souffrance, que de survoler à nouveau ces terres où tous accrochent des souvenirs ; où bon nombre d’entre nous ont des parents, des amis. Mais aussi quelle tristesse de voir ces villages brûlés par les Allemands en lutte contre les Partisans. Qu’allons-nous retrouver en rentrant ?

Mais l’heure n’est pas aux sentiments - c’est la guerre, horrible, qu’il faut faire pour trouver l’ennemi partout où il est.

Les routes sont désertes, les villages brûlés, pas âme qui vive dans les rues. De ci et là, quelques planeurs allemands, beaucoup sont détruits par le feu - Est-ce là l’oeuvre des partisans ? Nous le souhaitons vivement et l’aspect des lieux montre que la lutte a du être chaude.

Une voix à la radio, c’est celle du Commandant : "Rassemblement au point n°1".

Dix minutes après, les avions s’y retrouvent, il en manque un. Non il rentre avec son équipier, son moteur ne tourne plus rond et il lui reste 600 kms à faire pour rentrer à sa base. Bonne chance.

Cap au sud maintenant, c’est aux avions Allemands qu’il faut s’attaquer pour les détruire au nid. Au loin à notre droite la vallée du Rhône s’étend paisible sous une brume bleue. Un bonjour ému au passage aux villes que nous connaissons, sitôt suivi d’un au revoir, à très bientôt. Mais nous ne faisons pas du tourisme que diable. Pensons plutôt au terrain allemand. Il apparaît à droite et semble vide. Les renseignements obtenus étaient-ils donc erronés ? Nous allons vite nous en rendre compte et à 600 kms à l’heure, les pilotes piquent sur la piste.

L’Allemand est aux aguets et plusieurs barrages de fumée noire, blanche, rose, apparaissent autour de nous. Tous les calibres tirent avec rage, nos mitrailleuses lourdes ripostent. Un JU 88 brûle, touché par la patrouille de droite. D’autres bimoteurs sont à coté, il faut revenir - Quatre autres avions sont touchés au second passage ; la deuxième patrouille attaque à son tour sans que les Allemands cessent de tirer.

"Rassemblement au point n°2, attention avion N°41 votre moteur fume". Quelques secondes plus après, un parachute sort de la cabine du 41, extrait le pilote qui s’accroche à la dérive, l’avion part en piqué à mort et le pilote arrive enfin à se dégager. Mais le parachute s’est mis en torche ; avion et pilote vont s’écraser à quelques centaines de mètres l’un de l’autre.

Le Capitaine Jallier touché par la Flak allemande a payé son tribut et c’est une patrouille endeuillée qui franchit à nouveau les côtes de France. Qu’importe - Chacun sait bien que chaque départ peut être le dernier. Mais y a t-il un pilote pour y croire ?

Pendant ce temps au sol, beaucoup de monde converge vers le lieu de l'accident situé au plan des Amarens. Pierre Testard (8 ans à l'époque) qui habite la ferme de la Madeleine où travaillent ses parents et qui joue à quelques centaines de mètrès du crash a assisté impuissant au drame. Il a vu cet avion sortir de derrière Le Crestet, trainant une énorme fumée blanche puis noire. Il a vu les efforts désespérés du pilote pour esayer de s'extraire de son cockpit, son parachute s'accrocher malencontreusement à l'avion l'entrainant dans sa chute inéductable. Enfin il se décroche, mais le parachute est en torche. L'avion s'écrase derrière une ferme, le corps touche le sol près du pont du Rieu Froid qui traverse la route de Malaucène à Entrechaux.

Les hommes de la Résistance sont les premiers sur les lieux, ils interdisent aux enfants des alentours, qui ayant abandonnés leurs jeux se sont précipités en courant vers cette épaisse fumée que dégage les restes du Thunderbolt, de rester sur les lieux, car à tout moment les Allemands peuvent faire irruption.
Le corps de l'infortuné pilote est drapé dans son parachute, puis ramené dans la chapelle de l'ancien hôpital de Malaucène. Les plaques d'identité n'ayant pas été retrouvé, seul un nom -JALLIER- tracé sur son parachute, permet de l'identifier.

Les hommes qui servent d'appui à la Résistance s'organisent pour pouvoir veiller à tour de rôle ce Français qui vient de donner sa vie pour libérer son pays de l'occupant nazi. A 2 heures du matin, alors qu'habituellement ces hommes de l'ombre se gardent bien de rester dormir chez eux, ils sont surpris par la Milice et les Allemands tandis que M. Pons et M. Tromel veillent le pilote dans la chapelle. Ils sont avertis de la présence ennemie dans le village, mais ne seront pas inquiétés.

Dix Malaucéniens seront conduits au petit matin dans les geoles d'Avignon. On apprendra après leur Libération intervenu après le débarquement du 15 août, qu'ils ont été dénoncés par des traitres du village, et que cette opération, préparée de longue date par la Milice, n'avait rien à voir avec les évènements de la veille.
D'ailleurs, en retournant en Avignon, ces miliciens - qui repassent par Vaison la Romaine pour éviter le passage du tunnel sous Le Barroux, trop risqué à leur yeux, les évènement du 22 août (accrochage par la Résistance des allemands qui cherchent à fuir en évitant la vallée du Rhône) leurs donneront raison - poursuivront leurs tristes besognes. Ils s'arrêteront à Violès où ils abattront le chef de gare M. xxx, puis ils laisseront un souvenir de dégout à Sarrians après avoir affreusement torturé à mort M. Albin Durand et son fidèle serviteur.

D'après le témoignage des habitants de Malaucène et le récit du capitaine Menu (source SHAA)